Cinéphile m'était conté ...

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Moyen-Orient


Au temps de l'Arabie heureuse (La patte du corbeau)

Grâce notamment à la collection Sindbad, chez Actes Sud, et aux éditions du Seuil, la littérature saoudienne ne nous est pas totalement inconnue. Ces dernières années ont été traduits en français Le castor de Mohammed Hasan Alwan et Khâtem de Raja Alem, deux belles découvertes. La patte du corbeau, paru initialement en 2008, nous arrive à son tour, signé par Yahia Amqassim lequel a écrit un autre livre, Stories of Saudi Arabia. La patte du corbeau nous entraîne dans une époque ancienne, quelque part en Arabie, au sein d'une communauté heureuse où la tolérance règne de même que l'égalité des sexes. Une tranquillité qui va hélas être menacé par l'émirat voisin qui entend imposer un islam rigoriste et retirer aux femmes tout pouvoir, y compris politique. Le livre plaide clairement pour un poids modéré de la religion dans la vie sociale, pointant du doigt les dangers et les excès dogmatiques. Un thème plus qu'intéressant pour ce roman aux allures d'épopée qui se veut poétique et empreint d'un certain réalisme magique. Le problème est qu'il manque sans doute beaucoup de clés au lecteur occidental pour comprendre tous les symboles et les tenants et les aboutissants de cette fresque très connotée. Nul doute que certains y trouveront leur compte et se passionneront pour ce texte mais on peut aussi s'y ennuyer fortement et finir par mélanger les nombreux personnages. Cette lecture mérite sans doute mieux que le découragement mais c'est pourtant le sentiment qui risque d'habiter le lecteur un peu décontenancé par le rythme lancinant et la répétition d'une action qui semble stagner ad libitum.

 

 

L'auteur :

 

Yahya Amqassim est né en 1971 en Arabie Saoudite. Il a publié Stories of Saudi Arabia.

 


12/04/2019
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Un oriental habillé à l'occidentale (Des vies possibles)

Ecrivain libanais francophone, Charif Majdalani est un très beau styliste dont on a pu apprécier la qualité dans Le dernier seigneur de Marsad ou Villa des femmes, par exemple. Son nouveau roman, Des vies possibles, est à part dans sa bibliographie. Les phrases sont plus courtes qu'à l'accoutumée et le livre lui-même est plutôt bref pour raconter toute une existence. Il s'agit d'une fausse biographie d'un dénommé Raphaël Arbensis, vivant au XVIIe siècle, un libanais parti à Rome pour devenir prêtre et qui va faire tout autre chose, voyager surtout, devenant plus ou moins diplomate, aventurier et homme d'affaires. C'est le portrait d'un homme éclairé, féru d'astronomie et d'art qui côtoie un temps Corneille à Paris puis Rembrandt à Amsterdam. Et c'est un oriental habillé à l'occidentale, fasciné par la culture européenne qui chemine de Venise à Ispahan en passant par Rome et Constantinople. Toute sa vie, il se demande si le libre-arbitre existe ou si le sort de chacun n'est gouverné que par le hasard. Mais sa grande préoccupation concerne la place qu'il doit occuper dans le monde et la quête d'un bonheur insaisissable qu'il n'atteindra qu'assez tard en devenant époux puis père et en revenant à ses racines, dans la montagne libanaise. Moins étoffé que ses précédents romans, plus court dans tous les sens du terme, Des vies possibles offre cependant un vrai plaisir de lecture au contact d'une langue subtilement maîtrisée et charriant poésie et fantaisie dans son cours.

 

 

L'auteur :

 

Charif Majdalani est né en 1960 à Beyrouth. Il a publié 7 romans dont Le dernier seigneur de Marsad et Villa des femmes.

 


31/01/2019
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L'insaisissable rescapée (L'énigme Elsa Weiss)

Elsa Weiss était une enseignante d'anglais dont Michal Ben-Naftali a été l'élève à la fin des années 70. Son suicide a marqué la jeune femme qui est depuis devenue auteure d'essais, éditrice et traductrice. Tellement même que plus de 30 ans plus tard, elle a consacré son premier roman à sa vie. Un vrai défi car Elsa Weiss était un être secret, sans vie sociale, et dont on savait tout juste qu'elle avait échappé à l'extermination nazie, tout en ignorant de quelle manière, puisque cette survivante mystérieuse n'en parlait jamais. L'énigme Elsa Weiss est donc la reconstitution d'une existence, une sorte de biographie inventée mais qui est peut-être proche de ce que fut la réalité. Il y a l'enfance et l'adolescence en Hongrie, quelques mois dans le ghetto de Kolozsvár, l'épopée du "train Kastner", dans lequel elle prit place et qui lui sauva la vie, le passage par le camp de concentration de Berger-Belsen, l'arrivée en Suisse avant le départ pour Israël, quelque temps après la fin de la guerre. Plus qu'une existence romanesque, Michal Ben-Naftali raconte une suite d'épreuves au sein de la tragédie du siècle dont on imagine qu'Elsa Weiss ne comprit pas pourquoi elle, et pas de nombreux autres, réussit à en sortir vivante. L'auteure n'en fait pas une héroïne, car elle ne l'était sans doute pas, mais une femme victime et qui s'est vraisemblablement sentie coupable jusqu'au bout. Michal Ben-Naftali, et on l'a comprend, ne s'est pas sentie le droit de jouer avec l'émotion du lecteur à partir du moment où son livre est un "mensonge" sur un personnage ayant existé. Son roman est digne, parfaitement exécuté mais qui se complait dans une certaine froideur, dans une quête impossible pour comprendra qui était l'insaisissable Elsa Weiss.

 

 

L'auteure :

 

Michal Ben-Naftali est née en 1963 à Tel Aviv. Elle est éditrice, auteure d'essais et traductrice.

 


16/01/2019
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Aussi béantes soient les failles (Trois étages)

Sur la scène littéraire israélienne, particulièrement riche, Eshkol Nevo s'est imposé d'emblée, depuis 10 ans, comme l'un des ses représentants les plus doués avec notamment Le cours du jeu est bouleversé et Jours de miel. Son dernier roman en date, Trois étages, ne va pas infirmer ce constat, bien au contraire. Roman n'est d'ailleurs pas le terme adéquat, il s'agit plutôt de trois novellas, dont les interconnexions sont plus que ténues, ce qui ne nuit pas à l'intérêt de l'ouvrage, chacun des récits se révélant passionnant et se complétant pour aboutir à une sorte d'état des lieux alarmant de la société israélienne en crise identitaire depuis plusieurs années. Mais là où Nevo s'avère le plus brillant, une fois de plus, c'est dans l'évocation intime et psychologique de personnages complexes dont les failles béantes laissent entrevoir une dépression latente. Qui sont-ils ? Au premier étage, un ancien officier de l'armée qui devient paranoïaque et soupçonne un vieux voisin d'on ne sait quoi vis-à-vis de sa fille ; au deuxième, une femme délaissée par son mari, solitaire et très perturbée ; au troisième, une ancienne juge d'instruction, veuve, qui participe à un mouvement social initié par la jeune génération. Ces trois récits prennent l'allure de monologues : le premier s'adresse à un ami, la deuxième écrit une longue lettre, la troisième laisse des messages successifs sur l'ancien répondeur téléphonique de son époux décédé. Plus que des appels au secours, ces histoires sont des tentatives de sortir de l'isolement, de communiquer et de raconter des vies qui empruntent des chemins douloureux. La plume alerte et très ironique d'Eshkol Nevo fait des merveilles. Son livre est drôle, palpitant et très souvent touchant, notamment dans son dernier segment, qui touche au sublime. Ah oui, au fait, il y a aussi une autre lecture possible de Trois étages à travers la topique de Freud avec le ça, le moi et le surmoi. Mais là encore, il faut déguster la façon dont l'auteur israélien interprète et assaisonne ses théories psychanalytiques !

 

 

L'auteur :

 

Eshkol Nevo est né en 1971 à Jérusalem. Il a publié Quatre maisons et un ciel, Le cours du jeu est bouleversé, Neuland et Jours de miel.

 


12/10/2018
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Notre-Dame-de-la-Souffrance (Ave Maria)

Sinan Antoon vit depuis plus de 25 ans en Amérique mais son coeur est resté fondamentalement attaché à son pays natal, l'Irak. Après Seul le grenadier, un nouveau roman de cet auteur (chronologiquement, son troisième), Ave Maria,  est publié par Actes Sud. Deux personnages s'opposent et se complètent dans la Bagdad de 2010, théâtre de chaos, soumise à une violence confessionnelle qui n'a fait que s'amplifier depuis le début de l'occupation américaine. La jeune Maha et le vieux Youssef sont cousins et vivent dans l'appartement de ce dernier depuis peu. Le second représente le passé irakien avec sa nostalgie chevillée au corps et un certain optimisme (naïveté) malgré le climat d'apocalypse ; la première, en revanche, peut-être considérée comme le symbole du présent et de l'avenir avec, hélas, peu d'illusions sur une amélioration prochaine de la situation et envisageant l'exil comme seule solution. De chacun d'eux, Sinan Antoon raconte l'histoire et les croyances avant dans les plonger dans l'enfer de l'attaque terroriste du 31 octobre 2010 à l'église Notre-Dame-de-la-Délivrance, perpétrée pendant la messe dominicale, qui fit une soixantaine de victimes. A travers ce récit, l'auteur montre les souffrances que vécurent les chrétiens d'Irak, de moins en moins nombreux désormais dans le pays. Mais à travers les lignes, il y a aussi la volonté de décrire l'Irak d'avant quand toutes les populations, quelles que soient leurs religions, vivaient en paix et en bonne intelligence. Plus court que Seul le grenadier, moins étoffé narrativement, Ave Maria confirme malgré tout l'excellence du style d'Antoon. Son quatrième roman, Fihris, a été publié en 2016 au Moyen-Orient. Il y a donc de fortes chances pour que nous puissions le découvrir en 2019 chez Actes Sud. Au passage, félicitations à cet éditeur qui publie régulièrement des auteurs libanais, syriens et irakiens, mais aussi saoudien, koweïtien ou yéménite.

 

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L'auteur :

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Sinan Antoon est né en 1967 à Bagdad. Il a publié 4 romans dont Seul le grenadier.


29/05/2018
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Traversée du désert (L'ombre du soleil)

Ici même a permis en 2016 de faire connaissance avec Taleb Alrefai, romancier koweïtien, pour la première fois traduit en français. Le voici à nouveau parmi les nouveautés en librairie avec L'ombre du soleil, paru en l'origine en 1998 puis réédité et légèrement retouché un peu moins de 10 ans plus tard. Même s'il date un peu, il est cependant douteux que la situation qu'il décrit ait beaucoup évolué. Elle est celle ses travailleurs immigrés, très nombreux au Koweït, et qui se chargent des travaux les plus pénibles. L'ombre du soleil raconte l'histoire d'un professeur égyptien, pauvre et incapable de faire vivre sa petite famille, qui en est réduit à s'exiler, séduit par le miroir aux alouettes du Golfe. L'enfer l'attend, une épuisante traversée du désert au cours de laquelle il ne se verra offrir qu'un métier d'ouvrier et encore, après un parcours administratif semé d'embûches, un univers kafkaïen, où chaque entrevue avec les autorités est synonyme de ponction financière. Il y a un côté néo-réaliste dans le roman de Taleb Alrefai, une volonté de montrer dans ses détails les plus précis, la vie d'un travailleur immigré au Koweït, très loin de l'opulent et luxuriant quotidien des habitants les plus privilégiés du pays. Mais L'ombre du soleil est aussi une fiction et comme dans Ici même, Taleb Alrefai lui-même apparait dans la vie de son héros, ou tout du moins quelques-uns de ses avatars, sous différents masques, comme des messagers du destin. La plume d'Alrefai est toujours aussi alerte dans un roman dont on perçoit des éléments d'humour noir et dont le seul défaut est d'être parfois répétitif pour évoquer la détresse morale de son personnage principal.

 

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L'auteur :

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Taleb Alrefai est né le 20 mai 1958 au Koweït. Il a écrit 5 romans, 7 recueils de nouvelles et 1 pièce de théâtre.


09/04/2018
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Les cadets et leurs soucis (L'empereur à pied)

Qu'on se le dise : avec L'empereur à pied, le romancier libanais Charif Majdalani poursuit son chemin avec grâce après les excellents Le dernier seigneur de Marsad et Villa des femmes. L'histoire commence avec l'apparition, au milieu du XIXe siècle, dans les montagnes libanaises, d'un personnage dont on sent, d'après la stature, qu'il n'est pas qu'un pauvre hère à la recherche d'un travail. Il va se révéler le patriarche d'une longue dynastie à la prospérité commerciale continue, jusqu'à nos jours. Un drôle de type, tout de même, ce Khanjan Jbeili qui impose une loi d'airain à ses descendants : seuls les fils aînés pourront prendre épouse, au fil des années. A partir de ce postulat, et après un prologue qui confine à la légende, Majdalani met en place un récit qui va s'articuler autour de conversations entre un narrateur (qui change) et un interlocuteur qui a suivi de près ou de loin, souvent de manière épistolaire, les aventures des fils cadets (les femmes sont plutôt absentes) et leurs grands malheurs. L'écrivain libanais excelle dans le picaresque et, tout en nous contant les évolutions de son pays, depuis son appartenance à l'empire ottoman, nous fait voyager autour du monde, du Mexique à l'Asie Centrale, de l'Italie aux Balkans. L'intérêt ne se dément jamais dans la lecture de ce roman qui se renouvelle sans arrêt. Charif Majdalani est définitivement un narrateur oriental hors pair, cultivé et malicieux.

 

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L'auteur :

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Charif Majdalani est né en 1960 à Beyrouth. Il a notamment écrit Le dernier seigneur de Marsad et Villa des femmes.


30/08/2017
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L'amour d'une salafiste (La fille de Souslov)

La littérature yéménite est peu connue en France pour la simple raison qu'aucune traduction n'existait avant les deux consacrées aux excellents romans d'Ali al-Muqri : Le beau juif et Femme interdite. La collection Sindbad d'Actes Sud nous propose de découvrir un nouvel auteur de ce pays jadis appelé "L'Arabie heureuse." Habib Abdulrab Sarori, qui enseigne à Rouen, n'est pas un débutant mais le seul roman de lui publié avait été écrit directement en français. La fille de Souslov, à travers les souvenirs éclatés d'un narrateur, Amran, qui ressemble fort à l'auteur, retrace 40 ans d'histoire du Yémen, d'abord scindé en deux, puis unifié, jusqu'à la révolution de 2011. Ce n'est pas un cours magistral même si la politique y est très présente sans parler de la religion. Mais le prisme est avant tout amoureux et charnel. "Quiconque n'a pas vécu des amours clandestines avec une salafiste n'a pas connu l'amour" s'exclame Amran au milieu de l'histoire tumultueuse qui le lie à une prédicatrice qui porte le niqab et qui n'est autre que la fille d'un dirigeant socialiste, aimée alors de loin et chastement, avant qu'Amran ne quitte sa belle ville d'Aden pour poursuivre ses études en France. Cette liaison qui n'existe que dans un hôtel de Sanaa, la capitale, est l'occasion de dialogues tour à tour tendres puis agressifs car les deux tourtereaux ne peuvent pas être plus opposés du point de vue politique et religieux, on y revient. Ce duo impossible et leur affrontement fournit en tous cas à Habib Abdulrab Sarori une trame bien utile dans un livre qui semble en faire parfois à sa tête, bousculant une narration jamais tout à fait linéaire et classique. C'est le charme de ce roman, riche d'informations sur un pays qui nous est en grande partie inconnu, et aujourd'hui aux prises avec une guerre sans solution, au sein d'une fiction "orientale" et insoumise. D'Aden à Sanaa, en passant par Paris.

 

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L'auteur :

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Habib Abdulrab Sarori est ne en 1956 à Aden (Yémen). Il a notamment publié un roman en français et sept en arabe.


28/04/2017
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Une survivante (Douleur)

Iris, le principal personnage de Douleur, on serait tenté d'écrire la narratrice tant Zeruya Shalev la traque dans ses moindres recoins, est une survivante. D'un attentat qui l'a laissée hagarde, dix ans avant le début du roman, de son grand amour de jeunesse qui l'a quittée 7 ans encore plus tôt. Les douleurs physiques ne sont jamais parties et la souffrance de cette passion sentimentale ne s'est jamais estompée malgré son mariage et deux enfants. Sur 400 pages, Zeruya Shalev trace le portrait d'une femme sûre d'elle au travail, elle est directrice d'école, et terriblement fragile dans sa vie privée. Avec la réapparition de l'amour de sa vie et l'attitude de sa fille abusée par un gourou, Iris est à la croisée de son destin et c'est tout l'intérêt que de la suivre dans ses méandres psychologiques vers des décisions qui changeront, ou non, son existence et celle de ses proches. Il est rare de lire un roman aussi tendu et densifié à ce point, non par une intrigue à rebondissements mais par une plongée tellement profonde dans l'intime. Douleur ne laisse guère de répit au lecteur emporté par les sentiments contradictoires d'une femme qui ressent sa culpabilité dans son cheminement quotidien. Il y a parfois un sentiment d'étouffement devant cette intrusion sans concession ni pudeur dans un psychisme torturé. A travers Iris et les autres personnages du livre, la romancière réussit une radiographie prégnante de la société israélienne : terrorisme, guerres, insouciance de Tel Aviv et tension de Jérusalem, etc. Un ouvrage intense, sans temps morts, écrit au cordeau et avec une sensibilité extrême.

 

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L'auteure :

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Zeruya Shalev est née le 13 mai 1959 au kibboutz Kimeret, en Israël. 6 de ses livres ont été traduits en français.

 

 


26/03/2017
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Le linceul de la tragédie (Seul le grenadier)

Seul le grenadier, de l'irakien Sinan Antoon, porte le titre de Le laveur de cadavres, dans sa traduction anglaise. Il donne effectivement une idée assez explicite de ce qu'est le roman avec un narrateur qui a pris malgré lui la succession de son père et des générations précédentes dans cet office qui est loin de son rêve de devenir sculpteur. Des dernières années de la guerre du Golfe à aujourd'hui, le livre raconte la violence ininterrompue à Bagdad, devenue encore plus sanglante avec le conflit confessionnel. S'il y a déjà eu d'excellents romans d'auteurs irakiens, ces derniers temps, notamment Frankenstein à Bagdad, Seul le grenadier est sans aucun doute le plus poignant, ne serait-ce que dans ses aspects documentaires pour comprendre véritablement ce que signifie la vie et la mort, inextricablement liés, en Irak. Ce thème est l'un de ceux traités par Sinan Antoon notamment à travers ce métier de laveur de cadavres qui donne lieu à plusieurs scènes d'une force incroyable. Au-delà de son réalisme saisissant, le livre est aussi une fiction remarquable autour de son personnage principal, de ses rêves et cauchemars, de ses amours impossibles,de son apprentissage de l'âge adulte, et de son enlisement progressif dans ce qui pourrait ressembler à une dépression si le mot n'était pas aussi dérisoire dans une vie cernée au plus près par la mort. Ce requiem de Bagdad est rendu vibrant par un style délié, une plume qui recourt à la poésie à chaque fois que le linceul de la tragédie semble recouvrir cette ville dont l'âme ne fait qu'errer entre vivants et défunts.

 

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L'auteur :

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Sinan Antoon est né en 1967 à Bagdad. Il a publié 4 romans.


11/03/2017
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